

2 févr. 2026
Nous sommes le lundi 2 février. La semaine commence à peine. Il est 10 heures du matin. Notre équipe est plongée dans le travail quotidien quand soudain, un klaxon retentit à répétition.
Une jeep est garée devant la grille. Aucun rendez-vous n’est prévu, aucun contact préalable n’a été établi. Lucas se rend à l’entrée et revient quelques instants plus tard, un agneau dans les bras.
L’explication est simple. Une brebis met au monde deux agneaux 3 jours plus tôt . La mère et l’un des petits sont morts. Le petit survivant devient soudainement un problème dont on ne veut plus s’occuper.
Déposer un animal chez nous peut parfois être un geste de secours. Mais ce n’est ni une solution par défaut, ni un acte anodin.
Oui, il vaut mieux confier un animal à un refuge que de l'abandonner dans la nature. Mais nos structures ne sont pas là pour qu’on s’y débarrasse d’un problème. Chaque arrivée représente une nouvelle vie à prendre en charge, une bouche à nourrir, des soins, du temps, de l’espace, des fonds.
Nous n’accueillons jamais un animal sans réflexion. Derrière chaque arrivée, il y a des frais à assumer, des places à trouver, des équilibres à préserver pour garantir des conditions de vie dignes à tous. Ces réalités sont souvent invisibles pour celles et ceux qui imaginent que nos capacités sont illimitées, que nos murs peuvent s’agrandir à l’infini, que nous sommes simplement là pour ça.
Dans un monde idéal, nous espérerions surtout ne plus avoir à exister. Ne plus devoir recueillir autant d’animaux victimes de négligence, de maltraitance ou d’abandon.
Nous souhaitons aussi rappeler qu’il est de la responsabilité de chacun de ne pas jouer aux petits éleveurs. Les bébés sont mignons et attachants, personne ne le nie. Mais certaines réalités doivent toujours être prises en compte.
Les structures d’accueil sont saturées d’animaux en attente d’adoption. Chaque adoption permet de libérer une place pour un autre animal en détresse. Il est tout à fait possible de vivre avec des animaux sans les faire se reproduire.
Une mise bas n’est jamais anodine. Des complications peuvent survenir et mettre en danger la mère comme le petit.
Assumer les animaux dont on a la charge, du premier jour jusqu’au dernier, est le premier acte de bien-être animal. La responsabilité de toute personne qui détient un animal commence au moment où elle fait le choix de l’accueillir et d’en assumer la charge.
Aujourd’hui, ce petit agneau, que nous avons renommé Nathan, est au centre de notre attention. L’équipe se relaie jour et nuit pour lui donner ses biberons toutes les deux heures et lui offrir une chance de grandir en sécurité.
Mais Nathan n’est pas juste un agneau de plus. Il est le rappel vivant que chaque décision humaine a des conséquences, et que la protection animale commence bien avant les portes d’un refuge.



