

3 avr. 2026
Vendredi 3 avril en soirée, plusieurs refuges wallons sont intervenus à Somme-Leuze dans le cadre d’une saisie ordonnée par l’Unité du Bien-Être Animal de la Région wallonne (UBEA). Animaux en Péril, Le Rêve d’Aby, Veeweyde Refuge du Marais, Natur’Horses, 4 Balzanes et la SPA de Charleroi ont uni leurs forces pour prendre en charge un total de 11 chevaux victimes de négligences graves.
Initialement sollicités pour 4 équidés, les intervenants ont découvert sur place 7 autres chevaux dissimulés dans une prairie plus éloignée. Cette découverte a rapidement transformé l’opération en intervention d’urgence d’ampleur.
Des conditions de détention alarmantes
L’alerte avait été donnée par plusieurs riverains et promeneurs, inquiets de ne jamais voir les animaux recevoir de soins. Alertée, la police locale a constaté l’absence de toute prise en charge, ce qui a conduit à l’intervention des inspecteurs vétérinaires de l’UBEA. Sur place, ces derniers ont relevé des manquements graves, notamment l’absence totale d’eau et de nourriture, justifiant la saisie immédiate.
À première vue, les installations pouvaient sembler adéquates, avec la présence de boxes et de clôtures. Mais il est apparu que les animaux avaient été laissés à eux-mêmes, sans aucun suivi.
« On voit parfois des infrastructures qui donnent l’illusion que tout va bien. Mais sans présence humaine, cela ne vaut rien. Ici, les chevaux ont été laissés à eux-mêmes. C’est un abandon total », témoigne Sophie Locatelli, vice-présidente d’Animaux en Péril.
À leur arrivée, les équipes des refuges découvrent un terrain entièrement boueux, dépourvu d’herbe. La seule source de nourriture visible est un amas de foin noirci, pourri et mélangé à la boue, que les chevaux tentaient malgré tout de consommer. Affamés, certains animaux avaient même commencé à détériorer les clôtures pour accéder aux prairies voisines.
Une fois sortis de cet environnement, les chevaux se sont précipités sur la moindre parcelle d’herbe disponible à proximité des vans, révélant l’ampleur de leur privation.
Des chevaux affaiblis par les carences
L’état général des équidés est préoccupant. Tous présentent une maigreur marquée et montrent des signes qu’ils ont commencé à puiser dans leurs réserves, conséquence directe du manque de nourriture.
Deux juments apparaissent dans un état nettement plus critique, avec une dénutrition avancée. Une troisième est au dernier stade de la cachexie, une condition grave caractérisée par une fonte importante des graisses et des muscles.
Une jument présentait également un fil de fer enroulé autour du boulet, risquant de provoquer des blessures graves.
Les chevaux sont infestés de parasites externes (poux) et internes (vers), aggravant leur affaiblissement. Plusieurs individus, notamment les plus âgés, souffrent de problèmes dentaires importants. Chez les équidés, une dentition défaillante empêche une mastication correcte, compromettant l’assimilation des nutriments et pouvant accélérer la dégradation de leur état.
Une intervention longue et délicate
Compte tenu de leur état de faiblesse et de leur manque de manipulation, le chargement des chevaux a nécessité une extrême prudence. Les équipes ont fait preuve de patience et de douceur tout au long de l’intervention, qui s’est étalée sur plusieurs heures. Les derniers chevaux ont quitté les lieux peu avant 23 heures. Si la faim les rendait plus enclins à se laisser approcher, leur manque de sociabilisation a exigé des intervenants une grande vigilance.
Des faits répétés, enfin stoppés
Les propriétaires étaient déjà connus pour des faits similaires. Plusieurs procès-verbaux avaient été dressés par le passé pour maltraitance animale, mais les animaux changeaient régulièrement de prairie, compliquant les interventions. Cette fois, la rapidité de réaction des autorités a permis de mettre un terme à ces agissements.
Les refuges tiennent à remercier chaleureusement l’Unité du Bien-Être Animal de la Région wallonne, la police locale ainsi que l’ensemble des structures mobilisées pour leur réactivité et leur solidarité. Tous ont accepté de pousser leurs capacités d’accueil afin de venir en aide à ces 11 chevaux.
Une convalescence encadrée et essentielle
Les chevaux ont été répartis entre les différentes associations et ont rejoint des installations adaptées. Ils sont actuellement placés en quarantaine, dans des boxes confortablement paillés, afin de bénéficier des soins indispensables à leur rétablissement : réalimentation progressive, suivi vétérinaire, parage, soins dentaires et traitement antiparasitaire.
Leur état nécessite une prise en charge attentive et sur le long terme. Grâce à cette mobilisation collective, ces équidés ont désormais une chance de se reconstruire dans des conditions dignes.
Condamnation et destination finale
En ce qui concerne la destination finale des animaux, la décision revient au ministre chargé du Bien-Être Animal, Adrien Dolimont, qui dispose d’un délai de deux mois pour confirmer, au vu de la gravité des faits et du caractère récidivant du dossier, que les animaux seront définitivement confiés aux associations qui les ont pris en charge.
L’Unité du Bien-Être Animal a dressé un procès-verbal pour infraction au Code wallon du Bien-être animal. Le propriétaire pourra être poursuivi au pénal ou administrativement. Si le Parquet décide de se saisir du dossier, il pourra renvoyer le propriétaire devant le tribunal correctionnel, où il encourt une peine de 8 jours à 3 ans de prison et/ou une amende pouvant atteindre 1 million d’euros. Si le Parquet ne poursuit pas, la procédure reviendra alors au fonctionnaire sanctionnateur, qui pourra infliger une amende pouvant aller jusqu’à 100.000 euros, mais également prononcer un retrait du permis de détention d’animaux.





















