

16 janv. 2026
Aujourd’hui, nous souhaitons vous parler d’un accueil qui met en lumière une réalité encore trop peu évoquée dans le monde de l’élevage ovin : celle des mâles reproducteurs, les béliers.
Récemment, suite à un contrôle de l’Unité du Bien-Être Animal de la Région wallonne, les autorités ont découvert un bélier seul, amaigri sous une toison épaisse, tenu à l’écart de son troupeau. Isolé, affaibli, invisible. Il a été confié à notre refuge et porte désormais le nom de Tibert.
Ce que Tibert a vécu n’est malheureusement pas une exception. Dans de nombreux élevages, y compris de très petite taille comme c’était le cas ici, les mâles reproducteurs connaissent une forme de maltraitance largement banalisée : l’isolement social. Jugés « violents » ou « harceleurs » envers les femelles, les béliers sont fréquemment mis à l’écart du troupeau. Ils ne retrouvent leurs congénères que lorsque l’éleveur décide de les utiliser pour la reproduction, avant d’être à nouveau isolés.
Or, le mouton est un animal profondément social. Vivre seul, sans interactions stables avec ses semblables, génère du stress, de la frustration et un profond mal-être. L’isolement prolongé constitue une souffrance réelle, bien que peu visible et rarement questionnée.
Cette invisibilité des mâles est d’ailleurs révélatrice du fonctionnement même de la filière ovine. Dans le langage agricole, on parle presque exclusivement en nombre de « brebis ». Les troupeaux sont comptabilisés, décrits et pensés autour des femelles, tandis que les mâles reproducteurs disparaissent des chiffres, des discours et des préoccupations. Réduits à leur fonction, ils deviennent des outils de production, utilisés à la demande, sans considération pour leurs besoins sociaux et émotionnels.
Aujourd’hui, Tibert est en sécurité au refuge de Gembloux. S’il garde encore des réactions de méfiance face à l’humain, cela n’a rien d’étonnant : il n’a jamais connu de relation positive avec l’homme. Mais ici, avec le temps, la patience et la bienveillance de l’équipe du Rêve d’Aby, nous savons qu’il pourra peu à peu s’apaiser. Il découvrira ce que signifie la vie en troupeau, le respect, la stabilité, et enfin exister autrement que comme un simple reproducteur.
Ici, il n’est plus isolé, plus utilisé. Il mérite, comme tous les autres, une vie paisible et respectueuse.
Bienvenue Tibert. Ta retraite commence ici, entouré et enfin reconnu.
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